Les Petits Pouvoirs

Une île japonaise abandonnée par l’économie mondiale et ses derniers habitants.
Une île désaffectée, arpentée seulement par quelques architectes, à la recherche d’une nouvelle utopie, d’un projet qui leur redonnerait du sens.
Un cadavre flotte dans l’eau brûlante d’un onsen, l’un de ces bains japonais aux sources volcaniques.
Laïa, face à lui, tente de reconstruire ses souvenirs : l’agence parisienne ; Benoît et Diane, les deux associé.es ; leur fascination pour leur nouvelle recrue ; mais aussi la rivalité, le désir sexuel à l’œuvre ; le trio qu’ils ont formé presque malgré eux. Étouffant.
Dans les vapeurs du onsen, le passé lointain revient par bribes. Réapparaît la figure de Toshi, le maître de Benoît et Diane, qui les avait exclus de son agence alors qu’ils étaient prêts à tout pour devenir architectes.
Les temporalités s’entremêlent pour éclaircir le crime, l’identité du cadavre comme celle de son meurtrier. Elles interrogent les mécanismes de pouvoir et de domination sexuelle qui se transmettent inconsciemment de maîtres à élèves, de génération en génération, dans le travail comme dans la création.

EtienneTu deviendras une grandeplus grande que tes petits patronsMais pour ça faut bouffer nippon

J’ai commencé à écrire Les Petits Pouvoirs en janvier de l’année dernière, de manière nécessaire mais anarchique, entre plusieurs activités. L’écriture m’avait alors entraînée inconsciemment dans le domaine de l’architecture, dans une petite agence aux ambitions internationales, en fantasme du Japon comme d’un paradis perdu. J’avais des bribes de scènes, une recherche à faire sur l’architecture, et un voyage à mener au Japon.

Depuis, je suis partie dans ce pays pendant plus d’un mois et j’ai repris l’écriture presqu’à zéro en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. C’est là que l’histoire a commencé à se déployer. Et surtout, j’ai pu repartir des enjeux profonds qui avaient suscité l’écriture de ce texte. Je voulais interroger le genre dans le travail, et plus précisément j’aimerais travailler sur les mécanismes à l’œuvre dans l’apparition de situations de domination sexuelle au travail. Je voudrais interroger la manière dont nous sommes amenés, que nous soyons hommes ou femmes, à participer à un système et à le perpétuer alors même que nous pouvons en être victimes, alors même que nous pouvons sincèrement souhaiter le changer. Je voudrais raconter ainsi comme un projet commun, une création à venir, peut susciter des enjeux de pouvoir étroitement mêlés à des questions de genre et de désir sexuel

Charlotte Lagrange, le 27/04/19

Voir l’entretien de Charlotte Lagrange sur Théâtre Contemporain.net