Quand la ville se lève

Alors que Cristiana, architecte-paysagiste, présente un grand projet d’aménagement urbain, elle croise le regard d’une agricultrice à qui ce projet enlève ses terres. La consultation citoyenne dégénère : les agriculteurs aspergent la maquette d’essence. Mais c’est Cristiana qui s’apprête à y mettre le feu en allumant une cigarette.
À cet instant, le temps se fissure. On plonge avec Cristiana dans la mémoire de sa mère, qui s’est battue contre l’expulsion de son appartement, jusqu’à ce que le réel commence à vaciller.

Le spectacle explore ainsi la gentrification et l’artificialisation des terres agricoles pour interroger la manière dont l’aménagement du territoire façonne aussi bien la terre que les vies humaines.

Betty – Alors je pourrais y retourner ?
Audrey sourit tristement
Je pourrais revenir non ?
Audrey – Non
Betty – Non?
Audrey – Je ne pense pas que vous aurez les moyens
Avec tout ce qu’ils auront investi
Les loyers seront
disons ça
hors de prix
Betty – Hors de prix
Pour moi
Audrey – Oui
Betty – Alors c’est fini ?
Audrey – Oui
Betty – Alors c’est mort pour moi ?
Audrey – C’est fini oui je crois
Betty – C’est étrange d’imaginer qu’un jour ici il n’y aura plus rien
Audrey – Si il y aura des choses mais plus de traces de ça

Extrait

Crédits Photos
Gallerie © Simon Gosselin
Photo © Inconnu

Création 2026

→ Création le 13 janvier 2026 au Nouveau Relax – Scène Conventionnée de Chaumont

Tournée 2025/2026 :
16 & 17 janvier 2026 : La Scène de Recherche – Gif-sur-Yvette
22 janvier 2026 : ACB – scène nationale de Bar-le-Duc Meuse
22 & 23 avril 2026 : Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon
5 mai 2026 : Bords2Scènes Vitry-le-François
19 au 22 mai 2026 : TAPS – Théâtre Actuel et Public de Strasbourg
4 au 23 Juillet 2026 : 11·Avignon, Festival Avignon off

 

RÉPÉTITIONS ET CRÉATION

→ 3 au 22 septembre 2024 : La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon – centre national des écritures du spectacle
→ 21 au 29 octobre 2024 : Les Tréteaux de France – CDN
→ 22 avril au 3 mai 2025 : Nouveau Relax – Scène Conventionnée de Chaumont
→ 2 au 7 juin 2025 : La Scène de Recherche – Gif-sur-Yvette
→ 30 juin au 5 juillet 2025 : Le CENTQUATRE – Paris
→ 7 au 18 juillet 2025 : Salle Jacques Brel  – Ville de Pantin
→ 25 août au 5 septembre 2025 : Salle Jacques Brel – Ville de Pantin
→ 18 au 22 novembre 2025 : Le CENTQUATRE – Paris
→ 5 au 11 janvier 2026 : Nouveau Relax – Scène Conventionnée de Chaumont

→ Avant-première le 5 septembre 2025 au Théâtre du Fil de l’eau à Pantin

Distribution

Texte et mise en scène : Charlotte Lagrange

Avec :
Mathias Bentahar,
Cécile Coustillac,
Chloé Ploton,
Olive Malleville
Jean-Baptiste Verquin
Collaboration artistique :
Johanne Débat
Scénographie :
Salomé Bathany
Création costume :
Aude Désigaux
Collaboration à l’écriture physique : Guillaume Le Pape
Composition musicale :
Julien Lemonnier
Création son et régie son/plateau : Paul Bertrand
Création lumière et régie générale
: Edith Biscaro, en binôme avec Clément Balcon

Production

Production La Chair du Monde

Coproduction
Théâtre de l’Union CDN – Limoges
ACB – scène nationale de Bar-le-Duc Meuse
Le Nouveau Relax, Scène Conventionnée d’intérêt National option « Art et création » – Chaumont
La Scène de recherche – ENS Paris-Saclay
Théâtre Joliette, Scène Conventionnée d’intérêt national « Art et Création » pour la diversité des écritures contemporaines (Marseille), Membre du Pôle Euroméditerranéen de Production
Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon
Quint’Est, réseau spectacle vivant Bourgogne Franche-Comté Grand Est

Soutiens
Culture Commune – scène nationale du bassin minier – Loos-en-Gohelle
Maison Jacques Copeau
Maisons Mainou
Ville de Pantin
Le CENTQUATRE – Paris
Charlotte Lagrange a bénéficié d’une résidence individuelle organisée par le Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ) en partenariat avec La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon – Centre National des Ecritures du Spectacle. Elle a été accueillie durant cette résidence par le Centre des Auteurs Dramatiques (CEAD)

Avec la participation artistique du Jeune théâtre national

Avec l’aide à la résidence du Centre National du Livre

Le texte est lauréat de l’Aide nationale à la création de textes dramatiques ARTCENA.

Spectacle ayant bénéficié de l’aide de l’Agence culturelle Grand Est au titre du dispositif «Tournées de coopération».

Intentions

Quand la ville se lève, est une pièce au long cours, une pièce que j’ai écrite en deux ans, en alternant les périodes d’écriture proprement dites avec les sessions de recherche, d’atelier et de rencontres avec des habitants et des acteurs de l’aménagement du territoire.

Une pièce documentée
Ce sujet est dense et complexe. Il m’a parfois donné envie de l’éclaircir, de l’expliquer. Ça a nécessité des étapes multiples où j’ai déplié ces problématiques de manière presque didactique, pour ensuite laisser surgir la fiction. Et c’est à chaque fois que la fiction s’est imposée, que le théâtre est réapparu pour prendre enfin toute sa place.

Je tiens fortement à me documenter pour que les spectateurs puissent se reconnaître, et ne jamais se sentir trahis. Cette documentation est également fondamentale pour saisir la complexité d’un système et échapper (le plus possible) aux discours binaires qui nous entourent. Mais je crois en la fiction, comme outil fondamental pour ressentir et penser librement le monde. Cette pièce est, dans la prolongement de L’Araignée, une pièce très documentée, mais qui n’est pas pour autant documentaire, une pièce dans laquelle j’ai travaillé à ce que chaque situation et chaque personnage déplie une complexité kaléidoscopique, qui puisse interroger nos compromissions à des systèmes qu’on aimerait par ailleurs dénoncer et qui tente de raconter les modalités intimes et collectives de résistance.

Par cette pièce, j’essaye de saisir le mécanisme répétitif de l’expulsion des habitants – et plus spécifiquement des habitantes – au profit des projets de réhabilitation et même de protection du territoire.
Je suis partie de la ville, de la question de la gentrification, pour découvrir pas à pas que l’artificialisation des terres agricoles procédait d’un même mécanisme, et que le mouvement historique dit des « enclosures » qui a privatisé des terres et poussé les paysans à l’exode rural – a représenté l’une des expulsions inaugurales de l’époque moderne en déployant les villes.

Polyphonie transgénérationnelle
Trois temporalités, trois espaces à ouvrir pour raconter la manière dont l’histoire se rejoue et nous traverse tous et toutes. Le texte est ainsi parcouru par un fil transgénérationnel qui se raconte particulièrement à travers les femmes de cette pièce. Cristiana est engagée dans un projet d’aménagement du territoire auquel elle croit pouvoir donner une forme respectueuse pour les habitants concernés. Mais en croisant le regard d’une paysanne à qui ce projet prend des terres, elle plonge dans le souvenir de sa mère qui s’est battue pour rester dans son appartement même après le départ de tous les habitants de l’immeuble, même après que des fissures se soient ouvertes pour laisser apparaitre la lune. Cette mère, Betty, était habitée par une vision d’antan, celle d’une femme qui n’a pas voulu quitter les champs qu’elle cultivait lorsque les champs et les prés étaient des espaces communs, au 16ème siècle. D’Elisabeth, la paysanne de Saclay, à la paysanne expulsée à l’aune de l’ère moderne, c’est un fil rouge tissée par des figures féminines qui résistent et qui participent plus ou moins malgré elles à ce mécanisme de l’aménagement et de la rentabilisation des territoires.

Un fil rouge qui se tisse pas à pas dans la pièce à travers les motifs du feu et des plantes :
Le feu qui a brisé la résistance de cette paysanne du 16ème siècle, le feu qui a obligé Betty à quitter son appartement, celui par lequel les agriculteurs de Saclay ont tenté de se défendre, et celui enfin, qui viendra un jour détruire le projet de Paris-Saclay devenu réel et grandeur nature.

Et les plantes qui forment un second motif, liés au premier, en venant s’immiscer dans le parquet d’Audrey, la jeune femme venue pour expulser Betty et Cristiana. Ces plantes font renaître les champs et les prés des territoires perdus, et des terres bientôt artificialisées. Elles permettent de grimper jusqu’aux maisons des puissants comme dans l’histoire de Jacques et le Haricot Magique qui traverse la pièce de manière souterraine.

C’est là que surgit le fantastique.
Car lorsque je parle de fiction, je rêve aussi d’une dimension onirique, fantastique pour raconter ce qui se cache, raconter le monde invisible, celui qui nous travaille de générations en générations.

Ecrire et mettre en scène dans un même mouvement
J’écris et je mets en scène dans un même mouvement de création, qui part d’un questionnement avec des habitant·e·s, pour ensuite aller vers ces habitant·e·s et les spectateur·ice·s de la pièce. Régulièrement je convie les acteurices de la pièce à venir lire et improviser au fil du processus d’écriture. Iels sont ainsi habité·e·s par les problématiques, les personnes interviewées, et les brouillons de la pièce. La direction d’acteur commence donc bien en amont, au fil de l’écriture, dans un mouvement où iels s’approprient les problématiques souterraines pour créer leurs rôles.

Cela me permet aussi d’écrire pour elleux, d’affiner la langue pour leur voix et leurs corps et de préparer ainsi le texte à être une œuvre de plateau

Plateau nu
J’ai écrit ce texte en rêvant une pièce d’acteurices. Une pièce qui n’ait pas besoin d’artifices théâtraux, ou très peu. J’avais envie de revenir à un théâtre de tréteaux pour que la simplicité esthétique porte la complexité du propos, et pour que l’on parte du présent de la représentation avant d’ouvrir des espaces et des temps passés ou futurs.

Le spectacle commencera donc ainsi : un plateau nu entouré par les spectateur·ice·s dans un dispositif trifrontal. Le public sera ainsi invité à représenter l’assemblée d’agriculteurices convié·e·s à la consultation démocratique de Cristiana. J’aimerais ainsi jouer sur l’assemblée théâtrale pour raconter un rassemblement qui se voudrait démocratique et son échec intrinsèque.

Dans cette pièce, la figure du narrateur est pour moi le conteur du théâtre. Il amène une distance ironique par sa manière de décrire les différents acteurs de cette situation. Par sa parole et par notre imaginaire, il nous fait faire l’aller-retour entre la vision surplombante du projet urbanistique, et les visions intimes des personnages de cette consultation. En utilisant le récit, l’outil théâtral par excellence, il dépliera un imaginaire de plus en plus cinématographique. Et comme par un effet de zoom, il nous fera plonger dans le souvenir de Cristiana, un souvenir qui surgit au contact d’Elisabeth, et qui se rejouera devant nos yeux.

Lorsque la pièce bascule dans les années 90, le narrateur disparait La fiction prend le dessus, mais toujours dans un espace vide. Les acteurices ne sortiront pas de scène, ils seront dans les gradins, avec les spectateurs, et entreront sur la scène centrale comme sur un ring où se joueront les confrontations des personnages. La seule convention théâtrale permettra à ce plateau nu de représenter tour à tour puis simultanément l’appartement de Betty, celui d’Audrey et de Gary ainsi que le toit où se retrouvent Cristiana et Raphaël.

Mais un élément vient remettre en question cette théâtralité. Alors qu’Audrey et Gary découvrent dans leur parquet une plante qui pousse et s’enracine profondément, les personnages arrachent cette plante, et c’est sous le sol du théâtre, sous le tapis de danse noir, qui se déchire et laisse apparaitre une terre recouverte, que l’on découvrira des pousses de blé et de fleurs cherchant à renaître.

La fiction sédimenté sous le sol du théâtre
Quelque chose de la représentation théâtrale se détraquera à partir de là. La fiction surgira sous l’espace de la convention. L’espace scénique et les gradins seront envahis progressivement par ces plantes à la fois belles et inquiétantes qui feront apparaitre le passé enseveli et sédimenté sous des couches de projets d’aménagement du territoire.

Il ne s’agira pas de se mettre à représenter les espace réalistes mais bien de donner corps au monde invisible et inquiétant qui envahit les personnages de la pièce. J’aimerais ainsi créer un effet de surprise dans le déroulement de la représentation en déployant un univers magique et poétique inattendu. Ce sera une manière pour moi de faire jaillir la question transgénérationnelle, ce qui se joue et se rejoue de manière invisible dans les situations politique actuelles, ce qui se joue et se rejoue dans les parcours individuels.

Les visions des personnages prendront ainsi leur part de réalité. Le rideau de fond de scène laissera alors apparaitre la lune de sang décrite par Betty. Et les scènes commenceront à se jouer simultanément. La composition musicale accompagnera ce mouvement en sous-tendant par un mouvement de thème et de variation inspiré des bandes originales de film l’arrivée progressive du motif du feu. De même nous travaillerons au plateau différentes qualités de fumée pour sous-tendre ce motif jusqu’à l’incendie final.

Charlotte Lagrange, mars 2025

Pour aller plus loin ….

ESSAIS
Petite Ensaclaypédie, de Pierre Veltz
> l’urbaniste du projet du plateau de Saclay
Sociologie de Paris – Monique Pinçon Charlot et Michel Pinçon
> analyse des dynamiques de mixité et de la déprolétarisation de la ville
Paris sans le peuple, d’ Anne Clerval
> gentrification de la capitale
Réinventer la ville, de Nicolas Ledoux
> imaginer la ville de demain
Reprendre place, de Mickaël Labbé
> contre l’architecture du mépris
Caliban et la sorcière, de Sylvia Federici
> lien entre enclosures et chasse aux sorcières
Etre un chêne, de Laurent Tillon
> découvrir la vie d’un chêne centenaire
Être forêts, de Jean-Baptiste Vidalou
> à la rencontre des forêts et de ceux qui les défendent
Le Chiffon – le journal indépendant de Paname et sa banlieue

PODCAST
La fabrique financière des villes (ou comment les élus s’adaptent aux investisseurs) – France Culture
Défendre nos territoires – Un podcast à soi, de Charlotte Bienaimé
Nous faire justice – Les Couilles sur la table, de Victoire Tuaillon
Les naufragés du Grand Paris Express – La Fabrique Urbaine
Transfuge de classe : derrière la mise en récit – France Culture
Gentrification : quand les espaces populaires s’embourgeoisent – série LSD, France Culture

FILMS
Bâtiment 5 de Ladj Li
De battre mon coeur s’est arrêté de Jacques Audiard
Le mal n’existe pas de Ryūsuke Hamaguchi
Gagarine de Fanny Liatard
Les ailes du désir de Wim Wenders

ROMANS
Que notre joie demeure, de Kevin Lambert
Le complexe de la sorcière, d’Isabelle Sorrente

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