Interroger les lieux où l'on vit...

A l’occasion de son association avec la Scène de Recherche de Paris-Saclay, Charlotte Lagrange mène avec Sophie Knapp, Simon Roth et Johanne Débat un Projet Artistique et Culturel en Territoire Educatif auquel participent 9 classes de trois établissements scolaires, collégien·ne·s et lycéen·ne·s. A travers différents médias et pratiques artistiques, il s’agit d’interroger avec les élèves les enjeux de territoire de Saclay.

Simon Roth a travaillé le texte dans le cinéma documentaire avec une classe de Terminale du Lycée de la Vallée de Chevreuse. Il s’agissait d’écrire et de raconter l’université Paris Saclay d’un point de vue situé : du point de vue d’un arbre, d’un épi de blé, d’une ancienne étudiante, d’un libraire, …

Étrange. Cette ville m’a toujours semblé étrange. Même plus jeune, dans mes dernières années de collégien,
cette ville m’étonnait déjà.
C’est au cours de ces quelques balades à vélo avec mes parents que j’ai fait sa rencontre.
Nous venions par les forêts avoisinantes avec pour seul projet de profiter de l’été. Ce même été que la ville
semblait effacer déjà à l’époque. Peut-être une forme de froideur qu’elle dégageait, lorsque l’on avançait à grands
coups de pédale, entre les bâtiments encore gris et les ruines de futurs édifices.
Autant dire que cette ville en projet était aussi morte que déserte à l’époque. Plus exactement, elle semblait
abandonnée. Les immeubles déjà présents donnaient l’air de s’être fait vider, les chantiers s’apparentaient plus à
des bâtiments détruits, des vestiges d’un passé qu’ils n’avaient encore jamais vécu. Peu importe où on allait, cette même sensation revenait au fur et à mesure que l’on ne croisait personne. J’étais comme dans une ville fantôme qui avait fait son temps et qui essayait de me raconter son histoire sans pouvoir s’en souvenir elle-même. Aujourd’hui, j’ai l’impression de la redécouvrir. Le temps lui même s’est perdu de vue et en l’espace de trois ans, la ville morte a eu le temps de rajeunir et je pense, de s’agrandir. Pour autant elle n’arrivera pas à me mentir. Il y a peut-être enfin une lueur de vie qui la parcourt en plus de quelques étudiants et travailleurs encore trop rares mais elle ne peut pas me le cacher.

Johanne Débat a imaginé avec une classe d’élèves de Troisième du Collège Juliette Adam une enquête sur un fait divers du Plateau de Saclay, à partir d’improvisations et d’ateliers d’écriture.

JUGE – SILENCE DANS LA SALLE ! Merci. La parole est la défense de l’accusé.

MAÎTRE MERIER (avocate réalisateur) : J’aimerais revenir aux faits. D’après la déposition de M. Spielberg, celui-ci n’aurait pas été mis au courant de la dangerosité de la chose ni du secret d’Etat qui la protégeait.

MME DESLAUX – C’est totalement faux !

JUGE – S’il vous plaît Mme Deslaux, je ne vous ai pas donné la parole ! Avez-vous fini de parler Maître Merier ?

MAÎTRE MERIER – Pour le moment, oui.

JUGE – La parole est à vous Maître Saland !

MAÎTRE SALAND – Mme Deslaux, ma cliente, conteste cette version des faits. M. Spielberg était parfaitement au courant de la dangerosité de la chose, c’est même ce qui l’a décidé à conclure cet accord, accord illicite je le rappelle !

JUGE – Pouvez-vous le prouver Maître Saland ?

MAÎTRE SALAND – Pas encore, Mme la Juge, mais de nouveaux témoignages vont bientôt être apportés.

Brouhaha.

Charlotte Lagrange a travaillé avec une classe de Première du Lycée international de Palaiseau (LIPPS) en écriture et écriture de plateau sur une pièce mêlant plusieurs temporalités, où Louis XIV rencontre notamment les ingénieurs fous du plateau en l’an 4597. Les élèves ont réalisé eux-même la mise en scène, guidés par Charlotte.